
Il nous dit ce qui s'en vient potentiellement pour nos portefeuilles...
Alors que les bombes pleuvent sur l'Iran et que le Moyen-Orient s'enfonce dans une crise d'une ampleur considérable, les retombées économiques commencent déjà à se faire sentir jusqu'ici, au Canada.
En effet, qu'il s'agisse du prix à la pompe, des marchés financiers ou même de votre panier d'épicerie, les spécialistes scrutent chaque développement avec une attention particulière et le verdict est clair : tout dépendra de combien de temps ce conflit va durer.
Plus les hostilités s'éterniseront, plus les effets sur l'économie mondiale — et sur la vie quotidienne des citoyens — risquent d'être sévères.
Bien entendu, il faut garder en perspective que les véritables victimes de cette crise sont les populations civiles prises sous les bombardements. Mais les ondes de choc économiques méritent aussi qu'on s'y attarde, car elles touchent des millions de personnes à travers le monde.
Les prix du brut ont grimpé de 16 à 19 % en l'espace d'une seule semaine après que l'Iran a annoncé être parvenu à paralyser le détroit d'Ormuz, un passage maritime absolument stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production pétrolière mondiale. Ce corridor représente aussi près du tiers du transport maritime de pétrole.
Un pétrolier a d'ailleurs été touché par un missile iranien, et deux navires québécois appartenant à l'entreprise Desgagnés se retrouvent bloqués dans le golfe Persique, incapables d'emprunter le détroit en toute sécurité.
Face à cette situation, Washington a annoncé l'envoi de navires militaires pour escorter les pétroliers, tandis que le président français Emmanuel Macron a ordonné le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée ainsi que l'envoi de frégates pour sécuriser le passage.
Selon l'économiste français Nicolas Bouzou, ni les États-Unis, ni la France, ni même la Chine — grande consommatrice de pétrole iranien — ne laisseront ce détroit bloqué indéfiniment.
Mais les dégâts ne s'arrêtent pas au pétrole.
Des attaques de drones ont ciblé les installations de Qatar Energy, provoquant un arrêt de la production gazière et une envolée spectaculaire du prix du gaz naturel en Europe : une hausse de 60 % en seulement deux jours. Les pays européens, qui s'étaient progressivement affranchis du gaz russe, se retrouvent maintenant confrontés à une nouvelle source d'instabilité énergétique.
Conséquence directe pour les consommateurs canadiens : le prix de l'essence a bondi de 10 à 15 cents le litre dans plusieurs villes, dont Montréal et Québec.
Selon une règle empirique bien connue dans l'industrie, chaque point de pourcentage de hausse du prix du brut se traduit par environ un cent de plus à la pompe. Et la tendance haussière pourrait se poursuivre.
L'économiste en chef de la CIBC, Avery Shenfeld, estime que si le conflit reste de courte durée, le baril pourrait redescendre autour de 60 dollars américains d'ici la fin de l'année. Selon lui, le marché anticipe des perturbations modérées dans l'approvisionnement, sans quoi les cours auraient grimpé bien davantage. Il souligne également que Donald Trump a historiquement privilégié des interventions militaires brèves, et que les sondages montrent peu d'appétit chez les Américains pour une opération prolongée, surtout si elle fait remonter l'inflation.
L'impact ne se limite pas à la station-service. L'Union des producteurs agricoles du Québec tire la sonnette d'alarme : les prix des carburants, des engrais et des intrants agricoles étaient déjà en hausse avant le déclenchement du conflit.
Le président de l'UPA, Martin Caron, évoque des augmentations de 10 à 20 % sur les engrais azotés dès le mois de février. Avec le printemps qui approche et les travaux aux champs qui débutent, la facture risque de se répercuter directement sur les prix alimentaires. Le diesel, carburant essentiel pour les exploitations agricoles, est lui aussi en forte progression. Les producteurs dénoncent par ailleurs le maintien de la tarification du carbone au Québec, seul endroit en Amérique du Nord à conserver ce mécanisme.
Sur les marchés financiers, c'est la tempête. Les bourses asiatiques ont accusé des pertes allant de 5 à 12 % depuis le début de la semaine, tandis que les places européennes ont reculé de 4 à 6 %. En Amérique du Nord, les baisses sont plus contenues, mais la nervosité est palpable.
Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans est passé au-dessus de 4,1 %, signe que les investisseurs revoient à la baisse leurs attentes de réductions de taux par la Réserve fédérale. Selon les estimations de la Fed elle-même, une hausse de 10 dollars du baril de Brent peut faire grimper l'indice des prix à la consommation de 0,2 à 0,3 point sur un horizon de six à douze mois.
Fait intéressant, le Canada pourrait tirer un certain avantage de la situation, puisque la montée des cours pétroliers et gaziers profite aux sociétés énergétiques albertaines et pourrait améliorer les finances publiques de la province, alors que la première ministre Danielle Smith vient d'annoncer un déficit de 9,4 milliards de dollars.
Les prix de l'aluminium sont également en hausse. Toutefois, Avery Shenfeld tempère cet optimisme : sans vague d'investissements en capital, l'effet positif sur le PIB canadien restera limité, d'autant que la poussée inflationniste qui accompagne la hausse du pétrole pourrait freiner la croissance.
Au-delà des chiffres, c'est la confiance des consommateurs et des épargnants qui risque d'être la victime collatérale la plus durable de cette crise.
L'incertitude liée aux tarifs douaniers américains, la révision prochaine de l'ACEUM — avec Washington qui réclame dans un document de 280 pages l'ouverture du marché laitier canadien — et maintenant un conflit géopolitique majeur : tous ces facteurs combinés poussent les ménages à la prudence. Or, dans une économie où la croissance repose largement sur la consommation, des citoyens inquiets qui reportent leurs achats, c'est un frein supplémentaire pour un Canada déjà en situation de faible croissance, particulièrement au Québec, qui devrait afficher la progression du PIB la plus modeste au pays en 2026.
Pour l'instant, les projections économiques reposent sur l'hypothèse d'un conflit qui ne s'éternise pas. Mais la situation au Moyen-Orient implique de nombreux acteurs, redessine les équilibres géopolitiques et demeure profondément imprévisible.
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Cet article pourrait avoir été rédigé à l'aide de certains outils d'IA.