
Alexe Frédéric Migneault a l'air d'en avoir gros sur le cœur...
La personne non binaire qui s'était plainte de discrimination à la suite d'une visite au salon de coiffure Station10 dit craindre de devoir faire face à «toute une industrie», alors que les propriétaires de Station10 ont décidé de contester leur condamnation à lui payer 500 $.
C'est le 5 février dernier que le Tribunal des droits de la personne a condamné le salon de coiffure Station10 à verser 500 $ d'indemnité à une personne non binaire.
La personne non binaire en question, Alexe Frédéric Migneault, reprochait à l'entreprise de l'avoir obligée à choisir entre une coupe homme et une coupe femme lors de la prise de rendez-vous en ligne.
La condamnation annoncée par le Tribunal des droits de la personne a amplement été médiatisée, tout en attirant l'attention de l'Association Coiffure Québec, qui a aussitôt signifié son soutien aux copropriétaires de Station10.
C'est d'ailleurs cet élan de solidarité qui a fait changer d'idée les copropriétaires de Station10. À l'origine, ceux-ci avaient l'intention de simplement payer l'amende, mais la décision sera maintenant contestée.
Le copropriétaire de l'entreprise Station10, Alexis Labrecque, a expliqué à Radio-Canada: «On a décidé de suivre nos principes et de dire qu’on n'était pas d'accord avec le jugement. [...] Autant des clients que des amis que des étrangers sont venus nous encourager.»
Alexis Labrecque n'a pas caché que c'est cet élan de solidarité qui a incité l'entreprise à se tenir debout devant cette condamnation: «Si on avait été seuls, je ne sais pas si on aurait eu le courage, les ressources ou la motivation d’aller en appel.»
Stéphane Roy, qui est président de l'Association, a déclaré pour sa part: «Tous les coiffeurs se sont sentis interpellés par ça, dit-il. La pression venait vraiment des coiffeurs qui voulaient qu’on appuie Station10.»
M. Roy a d'ailleurs salué le courage des copropriétaires de l'entreprise Station10: «C’est plus facile pour eux de payer le 500 $ et de passer à autre chose. Mais en discutant avec tout le monde, avec les avocats, ça dépasse Station10. Ça dépasse même l’industrie de la coiffure. C’est tous les commerçants qui sont touchés par une décision comme ça.»

Même si Station10 porte en appel la décision, le salon de coiffure devra quand même verser 500 $ d'ici le 18 mars, puisque la décision du Tribunal est «exécutoire». Ce sera à la Cour de déterminer la suite, lors de l'appel.
Selon Stéphane Roy, cette vague de soutien est motivée par un désir de justice: «C’est vraiment envers le tribunal et envers la décision, ce n’est pas un combat contre les non-binaires, pas du tout.»
En ce qui concerne la personne non binaire au cœur de cette histoire, Alexe Frédéric Migneault, cette dernière n'a pas caché sa «déceptio», tout en affirmant qu'elle estime «risible» qu’il y ait un appel pour une condamnation de 500 $.
Selon ce qu'a indiqué Alexe Frédéric Migneault, sa facture en frais d'avocats atteint déjà 5000 $: «C'est une perte de temps, une perte d’énergie et une perte d’argent pour tout le monde, à commencer par moi. [...] Ça va être toute une industrie, des entreprises, qui vont se ranger contre moi, [...] qui paie absolument tout de ma poche, et je ne vois vraiment pas comment je vais faire pour me défendre.»
Alexe Frédéric Migneault affirme que cette saga judiciaire a déjà eu des impacts considérables sur son quotidien: «Cet épisode-là a eu un impact considérable sur ma vie et sur mon existence. Tellement que je ne veux plus jamais faire affaire avec un salon de coiffure.»
Depuis la révélation de ce jugement, plusieurs coiffeurs ont modifié leur offre de services pour dégenrer le tout, en distinguant les prix en fonction de la longueur des cheveux plutôt que selon le genre.
Selon Stéphane Roy, cette façon d'offrir des services risque malheureusement d'engendrer une perte de revenus: «Tu vas perdre beaucoup d'hommes si tu mets le prix coupe femme aux hommes. Et si tu mets le prix homme à toutes les femmes, tu te prives d'un revenu.»
Tout en soulignant le fait que «toutes les femmes qui ont les cheveux courts vont se retrouver à payer moins cher», M. Roy a ajouté: «Si tu augmentes le prix d'une coupe pour homme de 3 $, il y a beaucoup moins d'hommes qui vont venir se faire couper les cheveux. Tandis que, si tu augmentes le prix d'une coupe femme de 3 $, elles vont toutes continuer de venir.»

Enfin, Alexe Frédéric Migneault dit se réjouir de la révision de la tarification des salons de coiffure.
Tout en faisant remarquer qu'il s'agit d'une «excellente nouvelle pour tout le monde, pas juste les personnes non binaires, mais surtout pour les femmes», Alexe Frédéric Migneault a indiqué: «Ça s'appelle la "taxe rose". Je suis très content de voir que cette petite décision-là, cette petite victoire là, a un tel impact sur une industrie qui sait très bien qu'elle a des tendances sexistes, et qui doit se corriger.»
Enfin, Stéphane Roy dit avoir confiance au système de justice afin de régler ce débat: «Ce n'est pas à nous, les coiffeurs, de régler un problème de société. [...] Moi, je ne détiens pas la vérité; la juge qui a pris cette décision ne détient pas la vérité. C’est un débat de société, et il faut se donner le temps de bien faire les choses, et non d’aller drastiquement dans un sens ou dans l’autre. Il faut prendre le temps de discuter.»
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