
Difficile de se battre à armes égales quand ta prime de médaille est 14 fois inférieure à celle des Italiens...
Alors que les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina battent leur plein, un contraste saisissant se dessine entre le pays hôte et le Canada. Avec trente médailles au compteur, dont dix en or, l'Italie fait très bonne figure et fait rêver.
De l'autre côté, le Comité olympique canadien tire la sonnette d'alarme et interpelle Ottawa face à un sous-financement chronique de ses athlètes de haut niveau.
Le succès transalpin ne doit rien au hasard, puisque le Comité national olympique italien bénéficie d'une enveloppe annuelle directe de l'État avoisinant les 72 millions de dollars canadiens, à laquelle s'ajoutent des revenus propres pour atteindre un budget global de 175 millions de dollars. Ces moyens considérables permettent un accompagnement personnalisé des athlètes, bien au-delà du simple cadre sportif.
L'exemple de la patineuse de vitesse Francesca Lollobrigida est éloquent.
La patineuse, qui est la petite-nièce de la célèbre actrice Gina Lollobrigida et détentrice de 18 titres mondiaux, a décroché deux médailles d'or dès les premiers jours de compétition, au 3000 m puis au 5000 m.
Après avoir eu un enfant à la suite des Jeux de Pékin en 2022, sa fédération et le comité olympique ont pris en charge le logement familial, les frais de garde, l'alimentation et de nombreuses autres dépenses courantes. Un soutien global qui lui a permis, selon ses propres mots, de s'entraîner avec une totale sérénité et de bâtir sa performance « étape par étape, avec la paix intérieure ».
Le président du Comité olympique italien, Luciano Buonfiglio, assume pleinement cette philosophie d'investissement.
M. Buonfiglio considère qu'il y a un véritable retour sur investissement lorsqu'on prend soin de nos athlètes. Il insiste notamment sur l'importance de préserver l'expérience des athlètes de plus de 30 ans, leur mentalité et leur détermination.
Côté primes, l'Italie figure parmi les nations les plus généreuses : environ 290 000 dollars canadiens pour un titre olympique, 160 000 pour l'argent et 113 000 pour le bronze.
La situation est radicalement différente de l'autre côté de l'Atlantique.
Jennifer Heil, ancienne championne olympique et cheffe de mission de l'équipe canadienne à Milan-Cortina, dresse un tableau préoccupant.
Mme Heil a notamment rappelé qu'aucun nouvel investissement majeur n'a été consenti depuis 2004 pour le sport de haute performance au pays, que ce soit pour les opérations des équipes, les entraîneurs ou les camps de préparation. Elle rapporte même avoir entendu des témoignages d'athlètes incapables de s'acheter des légumes lors de déplacements en Europe, faute de budget suffisant.
Selon les estimations de Mme Heil, un athlète canadien doit débourser en moyenne 25 000 dollars par an de sa propre poche pour évoluer sur le circuit mondial, en couvrant les frais d'équipe, les compétitions, les camps d'entraînement, les déplacements et l'hébergement. Quant aux primes de médailles, elles sont sans commune mesure avec celles offertes en Italie : 20 000 dollars pour l'or, 15 000 pour l'argent et 10 000 pour le bronze, le tout imposable.
Le patineur de vitesse Steven Dubois, triple médaillé à Pékin en 2022, reconnaît que cet écart de récompenses influence la motivation. Il observe que la combativité n'est pas la même lorsqu'on se bat pour une prime quatorze fois inférieure à celle d'un concurrent italien.
Le psychologue sportif Alexis Gagnon-Dolbec, consultant auprès du Comité olympique canadien, souligne quant à lui l'instabilité des ressources mises à disposition : d'une année à l'autre, il ignore le volume d'heures qui lui sera alloué, tant le financement fluctue de manière cyclique.
Face à cette réalité, le Comité olympique canadien a lancé le plan « Équipe Canada 2035 », qui prévoit de mobiliser 500 millions de dollars sur dix ans auprès de partenaires commerciaux et de donateurs privés pour soutenir les athlètes et les infrastructures.
Les athlètes et le milieu sportif ont bien accueilli ce nouveau plan, mais ils considèrent que cette initiative ne remplace pas l'essentiel: le financement fédéral structurel, qui n'a pas été revalorisé depuis plus de deux décennies.
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Cet article pourrait avoir été rédigé à l'aide de certains outils d'IA.