Plusieurs victimes de la fuite chez Desjardins sont incapables de toucher l'assurance-emploi
Certains continuent de subir les conséquences de cette fuite de données
Après la fuite massive de données personnelles chez Desjardins en 2019, de nombreux Québécois continuent toujours d'en subir les conséquences, rapporte La Presse. Ainsi, des travailleurs sans emploi à cause des mesures sanitaires sont incapables de toucher l'assurance-emploi après avoir été victimes de vol d'identité.
Des fraudeurs ont réussi à se faire passer pour ces personnes et à réclamer des prestations à leur place. Et Services Canada traînerait de la patte quand à la résolution de la situation. Les victimes de cette fraude doivent donc emprunter à leurs proches afin de se nourrir et certains seraient au bord du gouffre.
« Le 31 octobre, j’ai fait ma demande de chômage régulière. Normalement, ça prend entre 14 et 28 jours. Mais j’attends toujours. On ne m’a pas dit tout de suite que j’avais été victime de fraude. Je l’ai su après deux mois. Cela fait plus de 80 jours que j’attends. Rien ne bouge », explique à La Presse l'une des victimes de vol d'identité, Joël Guillemette.
L'homme originaire de Saint-Pamphile au Bas-Saint-Laurent a appris de la bouche d'un agent de Service Canada qu'il avait été victime de fraude.
« Une chance que j’ai de bons parents et de bons beaux-parents. Sinon, ce serait très dur. On essaie d’avoir de l’aide comme on peut. On coupe au maximum. Ce n’est pas normal. On n’a pas de réponse. Cela fait au moins trois semaines que je les appelle tous les jours pour avoir des réponses. Je suis à bout. Je suis tanné. Ma conjointe aussi est tannée. J’ai trois mois de retard sur tous mes paiements. J’ai un compte de près de 1 000 $ d’Hydro-Québec sur mon frigo que je suis incapable de payer », a-t-il raconté la voix tremblante au quotidien montréalais.
Une autre victime de la fuite de données vivant à Drummondville a vu sa demande suspendue en octobre dernier après qu'un fraudeur de Montréal eut usurpé son identité.
« Le fraudeur n’a pas réussi à extorquer de l’argent parce qu’il y avait trop d’informations différentes de mon compte. Le système a bloqué la demande qui avait été faite le 23 septembre, juste avant la mienne. Un mois s’est écoulé, deux mois, rien ne s’est passé. J’ai appelé souvent. […] J’ai appelé mon député pour faire bouger les choses. On me dit que ça devrait être réglé bientôt. Je viens d’avoir une nouvelle hypothèque il y a deux ans. Ma capacité d’emprunt est à zéro. Il faut quand même que j’appelle Equifax et le Centre antifraude pour me protéger », explique Mathieu Morneau à La Presse
« La fuite de données chez Desjardins me cause bien des maux de tête. J’ai plusieurs confrères de travail qui ont des comptes chez Desjardins à qui c’est aussi arrivé. Il a fallu que j’arrête des paiements. J’ai dû emprunter de l’argent à mes parents. Il a fallu que je fasse 36 000 courbettes pour pouvoir payer mon hypothèque », a-t-il poursuivi.
Une dame qui travaille pour une entreprise de construction a également appris l'automne dernier qu'elle avait été victime d'une tentative de fraude. « J’ai eu besoin de l’assurance-emploi parce que l’entreprise pour laquelle je travaille ferme pendant trois semaines pour le temps des Fêtes. J’ai fait une demande le 16 décembre. Mais c’est toujours bloqué. Je n’ai eu aucun revenu depuis ce temps-là », déplore Sophie Richard.
Elle avait en plus alerté Service Canada d'une tentative de fraude après avoir reçu un avis de réactivation de ses prestations, alors qu'elle n'en avait pas fait la demande. « Je l’ai bloquée juste à temps. On s’apprêtait à verser de l’argent dans un autre compte du fraudeur. Il a fallu que j’entreprenne des démarches pour sécuriser mes données. Mais toute cette situation retarde ma propre demande de prestations. »
Contacté par La Presse, le ministère de l’Emploi et du Développement social affirme dans un courriel que « la grande majorité des demandes d’assurance-emploi sont versées convenablement ». Toutefois, en temps de pandémie, « le risque de fraude est accru »
« Le Ministère reconnaît les difficultés que tout délai dans la livraison des prestations peut causer aux prestataires et à leurs familles. […] Nous collaborons étroitement avec les prestataires pour résoudre ces problèmes le plus rapidement possible. Nous priorisons pour le moment les cas de besoins pressants, les situations pour lesquelles les citoyens n’ont aucun revenu. Les prestataires ne perdront pas leurs prestations en raison de ce délai », ajoute le ministère.
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