
Un projet complètement surréaliste...
Le gouvernement du Québec maintient la construction d'un pont sur la rivière du Gros Mécatina, en Basse-Côte-Nord, même si la route sur laquelle cet ouvrage devait déboucher est suspendue indéfiniment pour des raisons budgétaires. Ce pont, qui ne mènera littéralement nulle part, sera érigé sur l'une des dernières rivières à saumon encore intactes de la province, avant même que des mesures fédérales de protection ne soient mises en place.
Le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) a confirmé que le pont sera achevé cet été, mais qu'il ne sera relié à aucune route.
Ce tronçon d'environ trente kilomètres fait partie d'un projet beaucoup plus vaste : le prolongement de la route 138 sur 425 kilomètres entre Kegaska et Vieux-Fort. Les travaux entre les villages de Tête-à-la-Baleine et La Tabatière avaient débuté en 2024, et un premier segment de neuf kilomètres est presque terminé. L'octroi des contrats pour le reste du tracé a toutefois été gelé en raison de contraintes financières. Le ministère affirme ne pas savoir quand le chantier pourrait reprendre.
Le coût des travaux en cours atteint 80 millions de dollars.
Le contrat a été accordé de gré à gré à l'entreprise Construction Deric, dans le cadre d'une entente avec la communauté innue de Pakua Shipu destinée à favoriser l'emploi local. Le ministère dit ne pas être en mesure d'évaluer les pénalités qui seraient encourues en cas d'arrêt du chantier du pont.
Plusieurs voix s'élèvent contre cette décision.
Nancy Bobbit, propriétaire d'une pourvoirie sur la rivière du Gros Mécatina, dénonce un «gaspillage d'argent public» alors que les infrastructures existantes dans la région souffrent d'un manque d'entretien. Elle affirme avoir multiplié les démarches auprès du gouvernement, avec le soutien d'organisations de défense du saumon, pour proposer un tracé alternatif moins dommageable pour le poisson, mais sans succès.
Selon Nancy Bobbit, la majorité des résidents locaux estiment que cette route ne verra jamais le jour, d'autant plus qu'il s'agit de la deuxième suspension du projet.
Du côté scientifique, la biologiste Valérie Ouellet, vice-présidente recherche et environnement de la Fédération du saumon atlantique, met en garde contre les risques de braconnage que facilitera la structure. Les piliers du pont permettraient d'installer des filets dans un corridor de migration crucial pour le saumon.
Le ministère refuse de divulguer les mesures antibraconnage prévues, affirmant que leur publication nuirait à leur efficacité — une position contestée devant la Commission d'accès à l'information.
Le président de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique, Normand Fiset, déplore l'absence d'examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement et le manque d'études exhaustives sur l'impact du projet.
Selon Normand Fiset, le ministère s'est appuyé sur un avis vieux de plus de quinze ans pour conclure à l'absence d'effets significatifs sur le saumon.
Parallèlement à ce chantier provincial controversé, Ottawa vient d'annoncer un investissement de 81,7 millions de dollars sur cinq ans pour protéger le saumon atlantique. Cette enveloppe servira à restaurer des habitats et à surveiller une cinquantaine de cours d'eau, bien que les rivières ciblées n'aient pas encore été identifiées.
Le Québec a également reconduit les restrictions à la pêche sportive au saumon en vigueur depuis 2025, en raison de la faible montaison observée ces dernières années.
Sur le plan technique, des experts en génie soulèvent des interrogations sur la pertinence de construire un pont qui pourrait rester inutilisé pendant des années.
Munzer Hassan, professeur à l'École de technologie supérieure de Montréal, rappelle qu'un pont doit être inspecté tous les quatre ans, même s'il est neuf et non utilisé. Si l'ouvrage ne sert pas avant dix ou quinze ans, on peut légitimement se demander quelle durée de vie utile il lui restera.
Bruno Massicotte, professeur à Polytechnique Montréal, nuance toutefois en soulignant que ce sont les camions et le sel qui endommagent les ponts, et non l'inutilisation. Il cite l'exemple de trois ponts construits en 1975 au-dessus de l'autoroute 640 pour le prolongement de l'autoroute 19, qui n'ont jamais servi et seront bientôt mis en service après des travaux mineurs.
La suite dépendra des prochains budgets gouvernementaux, tandis que le saumon atlantique continue de voir ses populations décliner.
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À propos de l'auteur
Rédacteur
Il travaille dans le domaine des communications depuis plus d'une dizaine d'années, en plus d'être passionné par tout ce qui concerne les actualités. Autant intéressé par les fluctuations de l'économie que par les histoires loufoques et insolites, sa curiosité fait en sorte qu'il ne s'ennuie jamais.
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