
Carney et PSPP se parleront finalement au Cambodge : le compromis inattendu qui dénoue l'impasse
Après des semaines de négociations sur le lieu de rencontre, les deux premiers ministres se verront à Phnom Penh
Alors que tout semblait bloqué entre Ottawa et Québec sur la question du lieu de leur première rencontre officielle, Mark Carney et Paul St-Pierre Plamondon ont trouvé un terrain d'entente pour le moins surprenant : c'est au Cambodge, en marge du Sommet de la Francophonie, que les deux dirigeants échangeront pour la toute première fois. Un revirement de situation remarquable dans un dossier qui illustre à lui seul les tensions protocolaires entre le gouvernement fédéral et le gouvernement péquiste du Québec.
Le cabinet du chef du Parti québécois a confirmé qu'une « rencontre de travail » se tiendra à Phnom Penh, lors de l'événement francophone prévu à la mi-novembre 2026. Une seconde rencontre est également prévue dans la Capitale-Nationale, probablement en décembre, conformément aux exigences formulées par Québec depuis le début des discussions.
Le choix du lieu avait en effet fait l'objet de tractations intenses entre les deux camps. Le premier ministre canadien, invoquant un agenda particulièrement chargé, avait initialement proposé trois dates possibles pour un tête-à-tête, mais uniquement à Montréal ou dans la région d'Ottawa-Gatineau. De son côté, Paul St-Pierre Plamondon refusait catégoriquement de se déplacer hors de Québec pour cette première prise de contact, s'appuyant sur les dispositions de la Loi sur la capitale nationale qui prévoit que ce type de rencontre se tienne dans la ville de Québec.
Cette divergence, en apparence anodine, reflétait en réalité un bras de fer symbolique entre deux visions du rapport de force entre le fédéral et le provincial. Pour le chef péquiste, accepter de se rendre à Montréal ou à Ottawa aurait constitué un précédent inacceptable, une forme de soumission protocolaire au gouvernement central. Pour Carney, l'enjeu relevait davantage de la logistique et de la gestion d'un calendrier international déjà surchargé par les tensions commerciales avec les États-Unis et les multiples engagements diplomatiques du Canada sur la scène mondiale.
Le compromis trouvé est aussi habile qu'inattendu. En se retrouvant d'abord sur un terrain neutre, à des milliers de kilomètres du Canada, ni l'un ni l'autre ne cède véritablement sur la question du protocole national. Le Sommet de la Francophonie offre un cadre naturel pour cette première prise de contact, les deux hommes y étant présents de toute façon dans le cadre de leurs fonctions respectives. La seconde rencontre, elle, se tiendra bel et bien à Québec, satisfaisant ainsi la demande fondamentale de Plamondon.
Ce dénouement intervient dans un contexte politique particulièrement chargé. Mark Carney, devenu premier ministre du Canada en mars 2025 après avoir remporté la direction du Parti libéral avec 85 % des voix, fait face à une guerre commerciale ouverte avec les États-Unis de Donald Trump. L'administration américaine a imposé des surtaxes douanières allant jusqu'à 35 % sur certaines exportations canadiennes, et les négociations sur le remplacement de l'accord commercial nord-américain ont abouti à une impasse durant l'été 2026. Carney a notamment dénoncé un « mauvais accord » américain qui contiendrait, selon lui, des menaces contre la langue française et la culture québécoise.
De son côté, Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois depuis 2020 et élu député dans la circonscription de Camille-Laurin en 2022, a considérablement renforcé sa position politique ces dernières années. Le leader souverainiste, qui prône la tenue d'un référendum sur l'indépendance du Québec lors d'un premier mandat, a multiplié les prises de position sur la scène économique, réclamant notamment la fin des subventions aux multinationales étrangères et une réorientation des aides publiques vers les PME québécoises.
La rencontre de Phnom Penh sera donc scrutée de près par les observateurs politiques des deux paliers de gouvernement. Au-delà du symbole, les deux dirigeants devront aborder des dossiers concrets, dans un contexte où la relation Ottawa-Québec est teintée à la fois par les pressions extérieures américaines et par les ambitions souverainistes du gouvernement péquiste. Le fait que cette première poignée de main ait lieu sur le sol cambodgien plutôt que canadien restera sans doute comme l'une des anecdotes les plus révélatrices de la dynamique politique actuelle entre les deux capitales.
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