
La société d'État traverse une période de turbulences...
La Société des alcools du Québec (SAQ) cherche à freiner l’érosion de ses ventes en multipliant les initiatives commerciales. Ces projets censés moderniser l’offre et rapprocher les produits des consommateurs font l’objet de critiques persistantes depuis plusieurs mois et une étude rendue publique aujourd’hui vient raviver le débat.
Détaillants, syndicats, experts en santé publique et chercheurs remettent en question certaines des stratégies récentes de la société d’État. Les zones SAQ sont tout particulièrement pointées du doigt.
Les zones SAQ, ce sont des étalages d’une quarantaine de produits intégrés à des épiceries et dépanneurs. Huit sont déjà en activité et 92 autres doivent être déployées d’ici l’été 2026 à Montréal, sur la Rive-Sud et à Québec. La SAQ y voit un moyen de rejoindre une clientèle qui ne fréquente pas nécessairement ses succursales.
Le projet ne fait pas l’unanimité chez les détaillants alimentaires. S’ils ne s’opposent pas à la présence de la SAQ dans leurs commerces, plusieurs dénoncent l’absence de consultation, une offre jugée limitée et un modèle peu rentable. Le contrôle exclusif de la sélection des produits par la société d’État empêche également l’intégration d’alcools locaux.

Des règles jugées inéquitables
L’implantation des zones SAQ suscite également des préoccupations en matière d’équité commerciale. En entrevue avec La Presse, le directeur des affaires publiques de l’Association des détaillants en alimentation Samuel Bouchard Villeneuve a précisé que seuls certains commerces peuvent vendre des alcools soumis au monopole. Il est d'avis que cela créera un déséquilibre au sein d’une même ville.
De plus, les détaillants réclament depuis longtemps un élargissement des permis, notamment pour vendre des prêts-à-boire à base d’alcool distillé qui sont actuellement réservés à la SAQ. Plus largement, ils appellent à une réflexion globale sur la distribution de l’alcool au Québec. À leurs yeux, les projets pilotes successifs ne remplacent pas une vision structurée de la part de la société d'État.
Signal d’alarme du côté de la Santé publique
Certaines critiques sont renforcées par une étude tout juste publiée par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), qui fait notamment état du recours accru à des partenaires privés pour stimuler les ventes.
Selon l’organisme, cette orientation pourrait affaiblir le contrôle traditionnellement exercé par les entreprises publiques sur la vente d’alcool, une substance associée à des enjeux importants de santé et de sécurité.
L’Association pour la santé publique du Québec partage ces préoccupations, soulignant que certaines zones SAQ se trouvent à quelques minutes à pied de succursales existantes. Une porte-parole de SAQ a cependant répliqué que ces espaces n’élargissent pas réellement l’accessibilité puisqu’ils sont intégrés à des commerces vendant déjà de l’alcool. Elle a ajouté que ces zones demeurent soumises à des règles strictes.
Un partenariat controversé avec Uber Eats
Et c'est sans oublier un autre projet qui fait grincer des dents: le lancement imminent d’un service de livraison rapide à Montréal en partenariat avec Uber Eats. Environ 150 produits pourront être livrés en une heure. Le choix de cette entreprise américaine a irrité les syndicats.
Les représentants syndicaux craignent un relâchement des contrôles, notamment lors de la remise des commandes à des mineurs ou à des personnes en état d’ébriété. La SAQ affirme pour sa part que les livreurs seront triés sur le volet et formés selon des normes rigoureuses.
Le projet pilote de livraison à domicile soulève par ailleurs un malaise chez les producteurs vinicoles. Pour y participer, certains devront verser jusqu’à 500 $ par produit, chaque mois. Il s'agit d'une situation paradoxale pour les vignobles québécois qui sont toujours privés du droit de livrer directement leurs propres bouteilles aux consommateurs.
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