
«Lake America» s'infiltre sur les sites de la SAAQ et d'autres sociétés d'État
Un plugin Google Maps affiche « Lake America » sur des sites gouvernementaux québécois
Le décret signé par Donald Trump pour rebaptiser le lac Ontario en « lac Amérique » ne fait pas que des vagues à Washington. Ses effets se sont propagés jusque sur les sites web de plusieurs sociétés d'État québécoises et ontariennes, provoquant une vague d'indignation au Canada. En cause : un simple plugin de Google Maps qui puise ses données dans la base américaine du géant technologique, imposant ainsi la nouvelle appellation trumpienne sur des plateformes officielles canadiennes.
La semaine dernière, le président américain a empoigné son célèbre marqueur noir pour officialiser par décret présidentiel le changement de nom du plus petit des cinq Grands Lacs. Justifiant cette mesure par l'impasse des négociations commerciales avec Ottawa, Trump a affirmé que les États-Unis perdaient des millions chaque année à cause du Canada. Avec son ton provocateur habituel, il a même fait référence à son précédent coup d'éclat géographique, le golfe du Mexique devenu « golfe d'Amérique » en 2025, en lançant : « Nous avons un golfe et nous avons un lac. Tout ce qui nous manque encore est un océan. »
À peine 72 heures après la signature du décret, Google s'est plié aux exigences de l'administration américaine en intégrant « Lake America » sur sa plateforme cartographique aux États-Unis. Et c'est là que le problème a frappé de plein fouet le Canada.
Comment Google Maps a imposé « Lake America » sur les sites des sociétés d'État canadiennes
Plusieurs sites web de sociétés d'État, tant au Québec qu'en Ontario, utilisent un plugin de Google Maps pour permettre aux utilisateurs de localiser leurs points de service. Or, ces outils cartographiques intégrés se connectent par défaut à la base de données américaine de Google. Résultat : lorsqu'un citoyen cherchait un bureau de la SAAQ, une succursale de la SAQ, un point de vente de la SQDC ou encore consultait la carte des pannes d'Hydro One en Ontario, il pouvait lire « Lake America » là où devrait figurer le lac Ontario.
Au moment d'écrire ces lignes, le site de la SAAQ affichait toujours « Lake America » sur sa carte interactive.

La SAQ a confirmé avoir corrigé le problème lundi matin après avoir interpellé son fournisseur dès la première heure. La SQDC a également procédé à la mise à jour. Du côté ontarien, Hydro One a reconnu publiquement le problème sur les réseaux sociaux, précisant que l'erreur provenait d'un service de cartographie tiers, et la correction a été effectuée en soirée.
Jean-Luc Sanscartier, expert en technologies numériques et ancien mentor chez Google, a expliqué à TVA que la source de données par défaut utilisée par ces sociétés d'État était tout simplement la source américaine. « Le Google américain, c'est une source de données ultra-fiable habituellement », a-t-il souligné, ajoutant qu'en tant qu'ancien développeur, personne n'aurait pu imaginer qu'un pays irait jusqu'à changer le nom d'un lac. La solution consiste simplement à rediriger les plugins vers la base de données canadienne de Google Maps, qui affiche toujours « lac Ontario ».
La première ministre sortante du Québec, Christine Fréchette, n'a pas mâché ses mots. « Pour moi, c'est une erreur. Ce lac s'appelle le lac Ontario et il va continuer de s'appeler le lac Ontario. Il va falloir que nos systèmes informatiques reflètent cette réalité-là », a-t-elle déclaré, pressant les sociétés d'État concernées de présenter rapidement des mesures correctives. Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a lui aussi réagi fermement : « Il n'y a pas d'erreur possible : le lac Ontario est et sera toujours le lac Ontario. »
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont interrogés sur le recours à des fournisseurs américains plutôt que canadiens pour des services gouvernementaux. « Ce n'est PAS de la confusion ; c'est que vous êtes complices dans le choix de fournisseurs américains au lieu de Canadiens », a écrit l'un d'entre eux, résumant un sentiment largement partagé.
Fait intéressant, tous les services de cartographie ne se sont pas alignés sur la volonté de la Maison-Blanche. L'application MapQuest, pionnière de la cartographie en ligne depuis 1996, a annoncé dès le 27 août que le lac Ontario conserverait son nom véritable sur sa plateforme, y compris pour les utilisateurs américains. Cette prise de position lui a valu un engouement spectaculaire : l'application s'est hissée au sommet des téléchargements sur l'App Store, tant au Canada qu'aux États-Unis. Apple Maps maintient également l'appellation « lac Ontario » sur ses cartes. Toutefois, des rumeurs persistantes suggèrent que Donald Trump aurait directement communiqué avec la direction d'Apple pour tenter de faire modifier cette position, ce qui laisse planer une incertitude sur la durée de cette résistance.
Rappelons que le nom « Ontario » provient du mot huron « Ontarí'io », qui signifie « beau lac » ou « lac aux eaux brillantes ». Ce plan d'eau partagé entre la province canadienne de l'Ontario et l'État de New York porte ce nom depuis des siècles, bien avant l'existence des États-Unis. Cette tentative de réécriture géographique par décret illustre une fois de plus la volonté du président américain d'utiliser tous les leviers, même les plus symboliques, pour accentuer la pression sur le Canada. Reste à voir si les sociétés d'État canadiennes tireront de cet épisode une leçon durable sur leur dépendance technologique envers des fournisseurs américains.
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À propos de l'auteur
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