
Le prix de l'essence pourrait continuer d'augmenter cet été au Canada
Les experts annoncent un été très coûteux à la pompe
Les automobilistes canadiens risquent de vivre un été particulièrement douloureux à la pompe. Plusieurs analystes et hauts dirigeants du secteur pétrolier s'accordent pour dire que les prix du pétrole et du gaz naturel devraient grimper de façon marquée au cours des prochaines semaines, portés par une combinaison de facteurs géopolitiques et économiques qui laissent peu de place à l'optimisme. Le baril de Brent se négociait autour de 98,20 $US mercredi midi, mais certains experts estiment qu'il pourrait bondir jusqu'à 150 $US, voire davantage, dans un avenir rapproché.
Un détroit bloqué et des réserves qui fondent à vue d'oeil
Le coeur du problème se situe dans le détroit d'Ormuz selon les informations de Radio-Canada, ce corridor maritime stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production pétrolière mondiale. Depuis le déclenchement du conflit opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran en février 2026, le passage demeure fermé à la quasi-totalité du trafic commercial. Les négociations entre Washington et Téhéran pour rétablir la navigation semblent s'enliser, malgré les déclarations optimistes répétées de Donald Trump, que l'Iran conteste régulièrement.
Pour compenser cette perturbation majeure, 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie avaient décidé en mars de puiser 400 millions de barils dans leurs réserves d'urgence. Mais cette mesure atteint désormais ses limites. La réserve stratégique américaine est tombée à 357,1 millions de barils fin mai, soit une chute de plus de 50 millions de barils depuis le début de la guerre. Il s'agit du niveau le plus faible depuis décembre 2023, un chiffre qui se rapproche dangereusement de ceux observés au début des années 1980, lorsque cette réserve venait tout juste d'être constituée.

Neil Chapman, vice-président d'ExxonMobil, a averti lors d'une conférence à New York que les stocks mondiaux atteignaient des niveaux jamais vus auparavant. Selon lui, une fois ce seuil critique franchi, dans deux à trois semaines tout au plus, les prix pourraient s'envoler vers les 150 à 160 $US le baril. Mike Wirth, PDG de Chevron, partage cette inquiétude et considère les mois de juin et juillet comme décisifs. Six navires de Chevron restent d'ailleurs immobilisés dans le détroit, leurs propriétaires refusant de prendre le risque de les faire transiter tant que la sécurité n'est pas garantie.
La situation s'est encore tendue mercredi avec une attaque attribuée à l'Iran contre l'aéroport du Koweït, qui a fait un mort et une soixantaine de blessés. Il s'agit de la première frappe meurtrière dans la région du Golfe depuis le cessez-le-feu du 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis, un événement qui a immédiatement fait grimper les cours.
Un été qui s'annonce coûteux pour les consommateurs canadiens
Selon Al Salazar, responsable de la recherche chez Enverus, une firme d'analyse énergétique basée à Calgary, les prix actuels du pétrole sont en réalité artificiellement bas, d'environ 20 $US en dessous de leur valeur réelle. Heather Exner-Pirot, directrice responsable de l'énergie à l'Institut Macdonald-Laurier d'Ottawa, abonde dans le même sens et juge le seuil de 150 $US le baril tout à fait réaliste à court terme.
Pour les consommateurs canadiens, les conséquences pourraient être lourdes. Si le baril oscille entre 120 et 140 $US, le prix de l'essence au Canada pourrait franchir la barre des 2 dollars canadiens le litre, et ce, en pleine saison estivale, au moment où la demande de carburant atteint son pic. Mme Exner-Pirot estime que ce tarif pourrait devenir la nouvelle norme pour la période des vacances. Fait notable, la demande de carburant au Canada n'a pas fléchi malgré la hausse des prix, ce que M. Salazar qualifie de phénomène fascinant.
Par ailleurs, la suspension de la taxe d'accise fédérale sur les carburants, qui offrait une réduction de dix cents par litre, ne suffit plus à soulager les automobilistes. Un mois après son entrée en vigueur, la remontée des cours pétroliers a pratiquement effacé l'effet de cette mesure fiscale. Voyez le reportage de Radio-Canada:
Les perspectives à moyen terme ne sont guère plus encourageantes. Les analystes prévoient que les prix resteront élevés au moins jusqu'en 2027, en raison notamment de la complexité logistique liée à la réouverture du détroit d'Ormuz, qui nécessiterait un accord de paix, un déminage des eaux et une reprise progressive du trafic maritime. La hausse soutenue du pétrole pourrait également alimenter l'inflation et exercer une pression sur les banques centrales pour relever les taux d'intérêt, ajoutant une couche supplémentaire de difficultés économiques pour les ménages canadiens.
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À propos de l'auteur
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