
Potasse canadienne : Trump fait volte-face en moins de 24 heures après sa menace d'acheter au Bélarus
Après avoir menacé de se tourner vers le Bélarus, Trump confirme que les États-Unis resteront clients du Canada.
Le président américain Donald Trump a surpris tout le monde en revenant sur ses propos à peine un jour après avoir annoncé vouloir acheter de la potasse au Bélarus plutôt qu'au Canada. Lors d'une rencontre bilatérale avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, mardi 22 septembre 2026, Trump a déclaré que les États-Unis continueraient de s'approvisionner en potasse canadienne, tout en précisant que le Bélarus souhaitait leur offrir un prix nettement inférieur.
La veille, le président américain avait provoqué une onde de choc en publiant sur les réseaux sociaux qu'il travaillait sur un « accord massif » pour acheter de la potasse bélarusse à un coût bien moindre que ce que Washington paie actuellement au Canada. Cette annonce avait immédiatement suscité de vives réactions des deux côtés de la frontière. « Le Bélarus a beaucoup de potasse et nos agriculteurs ont besoin de meilleurs prix. Nous voulons un prix plus bas », a affirmé Trump mardi, avant d'ajouter : « Nous allons continuer avec le Canada, mais le Bélarus aimerait vendre sa potasse pour beaucoup moins cher. »
La Saskatchewan et Ottawa réagissent au revirement de Trump
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, s'est dit peu surpris par ce changement de ton. « Ce n'a jamais été réaliste », a-t-il déclaré en entrevue. La province des Prairies est le cœur battant de l'industrie canadienne de la potasse, avec la totalité des mines actives du pays situées sur son territoire. Moe avait vivement critiqué le projet initial de Trump, qualifiant la potasse bélarusse de « potasse tachée de sang » dont les revenus servent à financer l'agression russe en Ukraine.

Le premier ministre saskatchewanais a également souligné que de nombreux pays européens se sont déjà détournés du Bélarus comme fournisseur de ressources, et que les États-Unis auraient intérêt à suivre cette tendance plutôt qu'à aller à contre-courant du réalignement géopolitique mondial. Il a exprimé l'espoir que cet épisode mène à des discussions constructives sur le renforcement des accords commerciaux nord-américains.
Du côté d'Ottawa, le premier ministre Mark Carney a tenu à rappeler la position dominante du Canada sur le marché mondial de la potasse. « Le Canada fournit 40 % de la potasse mondiale. C'est une force incroyable de notre économie », a-t-il déclaré aux journalistes à New York. Carney a réaffirmé que le Canada demeurerait le plus important fournisseur de potasse des États-Unis et a proposé une coopération renforcée entre les deux pays pour atteindre une indépendance complète en matière d'engrais, incluant l'ammoniac et d'autres produits.

Les experts du secteur minier ont par ailleurs confirmé que le scénario bélarusse était difficilement réalisable. Pam Schwann, de l'Association minière de la Saskatchewan, a expliqué que la production totale du Bélarus s'élève à environ 12 millions de tonnes, soit à peine plus que les 10 millions de tonnes que la Saskatchewan exporte déjà vers les États-Unis. De plus, la quasi-totalité de la production bélarusse est déjà destinée à d'autres marchés, principalement la Chine. « Ce n'est pas une chose que l'on peut changer du jour au lendemain, ni même en une décennie », a-t-elle averti.
Josh Linville, analyste chez StoneX, a également émis des doutes quant à l'impact réel d'un accord avec le Bélarus sur les prix pour les agriculteurs américains, soulignant que l'approvisionnement en potasse n'a jamais posé problème aux États-Unis.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le Canada est le premier producteur et exportateur mondial de potasse, avec près de 25 millions de tonnes produites en 2024, représentant environ 33 % de l'offre planétaire. Les États-Unis importent 79 % de leur potasse du Canada, selon l'U.S. Geological Survey, tandis que le Bélarus ne représente que 3 % des importations américaines. La potasse, composant essentiel des engrais, ne possède aucun substitut dans le secteur agricole, ce qui en fait un enjeu majeur de sécurité alimentaire.
Cet épisode s'inscrit dans un contexte de tensions commerciales persistantes entre le Canada et les États-Unis. Les négociations commerciales ont échoué le mois dernier après qu'Ottawa a quitté la table en réponse à des exigences américaines de dernière minute. Depuis, Trump a multiplié les tarifs douaniers et les restrictions à l'importation visant le Canada. Le revirement rapide sur la potasse illustre toutefois les limites de ces menaces face aux réalités logistiques et économiques du marché mondial des engrais.
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